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Les outils sont tombés

les portes de l'atelier sont restées fermées, les outils bien rangés, Roger Méténier nous a quitté.
Nombreux étaient ceux qui ont voulu lui rendre hommage.


Depuis quelques temps déjà, les mains n'avaient plus la force de serrer fermement les outils qu'il a manié durant tant d'années. La force s'en est allée, mais l'esprit était toujours là, aiguisé et pointu sur la folie du Monde... l'oeil avait sa malice, la parole aussi ... "Faut ben rire !"
Roger Méténier venait toujours avec plaisir montrer et expliquer son travail
Roger Méténier venait toujours avec plaisir montrer et expliquer son travail

Faire, Savoir-faire et faire savoir

C'est ainsi que l'on pourrait présenter la vie de Roger Méténier.
Roger nous parlait de son apprentissage contrarié durant la guerre : on appréciait assez peu ceux qui voyageaient en ce temps-là.

Jenzat a abrité toute sa carrière, c'est là qu'il a passé son temps a travailler pour les besoins de ses contemporains, « tout fait, du berceau au cercueil ».

Mais sa passion était son métier de charron-forgeron et il a eu  souvent l'occasion d'en parler, parfois pour la télé, parfois pour un groupe de voyageurs intéressés, et aussi à des jeunes : « Faut pas que ca se perde ! »

Son savoir-faire avait largement dépassé les limites de Jenzat et au-delà , c'est à Draguignan par exemple, pour le musée de l'artillerie, qu'il a eu la fierté de refaire des roues de canons des régiments du roi Soleil.
Presque le seul à connaître et à savoir, il n'a eu de cesse durant des années de partager, expliquer, montrer et enseigner.

« J'ai connu des gens, des anciens, soi-disant de métier qui me disaient quand on leur posait une question, moi p'tit, j'vais pas te donner mes secrets.
Au fil du temps, j'ai ben compris qu'ils en savaient pas tant et qu'ils avaient pas grand-chose à apprendre. Moi la porte de l'atelier est toujours ouverte ... 
»

Et ils sont nombreux ceux qui se sont succédé pour des conseils, pour apprendre…
 

Vidéo de Luc Roche pour Cultures & Traditions - reproduction interdite sans autorisation

Nous venions souvent le solliciter et il n'était jamais avare d'anecdotes.
Dans le fracas du marteau, le souffle acre de la forge, revivait plus qu'un savoir-faire, les habitudes du village, les codes du métier, la chaleur d'une poignée de main robuste pour sceller un marché…

Nous le revoyons nous présenter un aperçu de ses chefs-d’œuvre : toutes les miniatures de la ferme, les roues à 1, puis 2, puis 3 rangées de rayon.

Nous le revoyons nous présenter les armes de la maison :
« vous voyez là, il y a le billaud et dessus, l'enclume, il manque quelque chose... »
Et quand vous étiez bien en place, l'oeil brillait :
« C'est complet, le marteau y est aussi !
Allez, Faut ben rire ! 
»

ces rires là nous manqueront mais nous n’oublierons pas le maître que tu étais.




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